A/HRC/14/19
mort des forces de police [avaient] été assassinés deux semaines à peine après la fin de la
mission. Tout [avaient] systématiquement été fait pour étouffer les critiques formulées
contre les forces de sécurité kényanes.» (extrait tiré du résumé).
30.
Plus précisément, le Rapporteur spécial a reçu les informations suivantes: dans les
jours qui ont précédé son arrivée dans la province occidentale du Kenya, des représentants
des autorités ont interdit à certaines personnes de parler au Rapporteur spécial des exactions
commises par la police et les forces armées et de ne mentionner que celles d’un groupe
armé, les miliciens du SLDF (Forces de défense des terres des Sabots). Le 17 février, des
représentants des autorités ont dit aux résidents d’un camp de personnes déplacées que
l’aide alimentaire indispensable à leur survie serait remise en cause s’ils émettaient des
critiques à l’égard des forces militaires dans leurs déclarations au Rapporteur spécial.
31.
Le 18 février, des membres du personnel de l’organisation Western Kenya Human
Rights Watch (WKHRW) à Bungoma, ont remarqué la présence d’agents des services de
renseignements devant leurs locaux, alors que le Rapporteur spécial était en train de
s’entretenir sur les lieux avec des victimes et des témoins. Le lendemain, des agents de
renseignements se trouvaient devant l’hôtel dans lequel d’autres entretiens se déroulaient.
32.
Le 19 février, des agents des autorités se sont rendus au domicile de l’un des
représentants de WKHRW (Eliu Siyoi Tendet) en vue d’obtenir la liste des personnes ayant
apporté leur témoignage au Rapporteur spécial. Ce sont ensuite des militaires qui se sont
rendus chez M. Tendet, lequel a réussi à s’enfuir. Un autre représentant de WKHRW, Job
Wahdalia, a lui aussi reçu des appels téléphoniques des autorités l’enjoignant de donner les
noms des personnes qui avaient témoigné. M. Wahdalia, M. Tendet et Eric Wambasi,
appartenant à WKHRW, ainsi que Taiga Wanyanja, qui travaillait pour la Muratikho
Torture Survivor’s Organisation, ont tous pris la fuite pour se mettre en sécurité. Par la
suite, les familles et les collègues de ces personnes ont fait l’objet de harcèlements visant à
les forcer à révéler l’endroit où ils se trouvaient.
33.
Les 1er, 2 et 4 mars 2009, une semaine après la fin de la mission et après que le
Rapporteur spécial avait porté la question à l’attention du Ministère des Affaires étrangères
et du Ministère d’État pour l’administration des provinces et la sécurité intérieure, des
agents de police kényans ont pénétré dans les locaux du WKHRW et exigé des membres du
personnel restant qu’ils leur fournissent la liste des victimes et des témoins ayant eu un
entretien avec le Rapporteur spécial.
34.
Le 5 mars 2009, deux défenseurs des droits de l’homme qui avaient été en relation
avec le Rapporteur spécial au cours de sa visite, Oscar Kamau Kingara, fondateur et
directeur de la Oscar Foundation Free Legal Aid Clinic, et John Paul Oulu, son directeur
des communications et des relations publiques, ont été tués à Nairobi.
35.
Dans la déclaration qu’il avait faite devant la presse à la fin de sa mission, le
Rapporteur spécial avait déjà rendu publics les actes d’intimidation dont avaient été
victimes les personnes ayant coopéré avec lui. Quelques heures après le meurtre de
M. Kingara et de M. Oulu, le Rapporteur spécial a publié un communiqué dans lequel il
indiquait que «dans ces circonstances, on ne pouvait que soupçonner la police d’avoir
commis ces meurtres et qu’il était impératif, pour la mettre hors de cause, de faire venir une
équipe indépendante de fonctionnaires de Scotland Yard ou des forces de police sudafricaines par exemple, pour enquêter». Il relevait qu’au Kenya, «il n’existe aucune unité
indépendante ayant la capacité d’enquêter sur d’éventuelles exactions commises par la
police». Le 6 mars 2009, en présentant devant le Conseil des droits de l’homme le Rapport
du Secrétaire général sur l’état d’avancement des rapports et des études relatifs à la
coopération avec les représentants d’organes de l’Organisation des Nations Unies chargés
des droits de l’homme, la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme a évoqué
oralement cette affaire. La délégation du Kenya a pris la parole pour exprimer son
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GE.10-13229